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Blockchain, vers une dictature de la transparence ?

Blockchain, vers une dictature de la transparence ?
Transparence

#2 La Blockchain, du rêve d'émancipation anarchiste à un outil de contrôle absolu.

Ce deuxième numéro abordera les limites et le danger que représente la transparence des principales technologies blockchain.


La transparence est l'un des principes essentiels des démocraties modernes. Ce principe est inscrit dans l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui sert de préambule à la Constitution Française « La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration».

Cette philosophie de la transparence, qui évolue petit à petit vers un principe absolu, a tendance, aujourd’hui, à s’imposer dans tous les domaines, qu'ils soient politique, éthique ou commercial. Que cela concerne une administration publique ou une entreprise privée.

Ce principe de transparence se retrouve également au cœur des principales technologies "blockchain", dont Bitcoin.

Bitcoin, un système né pour résoudre un problème de confiance

Bitcoin

En Octobre 2008, Satoshi Nakamoto publia un libre blanc intitulé "Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System". (1)
Il voulait résoudre un problème récurrent du paiement en ligne : la confiance.

Il faut bien différencier le paiement en ligne du paiement en cash. Pour payer en cash, vous devez simplement donner un billet ou une pièce de monnaie. La personne qui la reçoit peut vérifier si c'est un vrai et si vous avez donné la bonne somme. (Je schématise).

En revanche, lorsque vous souhaitez faire un paiement électronique classique, il vous faudra obligatoirement passer par un tiers de confiance. Par exemple, une banque ou un service de paiement comme Paypal.
Cette entité tierce devra certifier que vous possédez bien l'argent et que vous avez bien le droit de faire cette transaction.

Vous ne la connaissez pas personnellement, mais vous devez lui faire confiance. Vous n'avez pas le choix. Si vous souhaitez faire un achat, vous devez lui demander l'autorisation de disposer de votre propre argent. Si vous souhaitez retirer votre argent, vous devrez attendre son autorisation. Moyennant des frais de transaction. Si elle refuse, votre argent sera bloqué.

Vous êtes donc soumis aux décisions et aux règles de ces entités (qui peuvent varier), règles que vous ne connaissez pas forcément !

La transparence comme outil de résolution


Pour le commun des mortels, se reposer sur une entité tierce ne pose pas de problème. Nous le faisons presque tous les jours, que ce soit en utilisant des services en ligne (par exemple utiliser son compte google/apple pour se connecter à certains sites, utiliser Paypal/ApplePay pour payer en ligne, etc).

Différents systèmes de paiements en ligne

Pour Satoshi, le créateur du Bitcoin, se reposer sur la validation d'un tiers de confiance pour utiliser son propre argent pose un gros problème de confiance et de sécurité.

Je ferai la prochaine newsletter sur les courants idéologiques qui ont donné naissance au Bitcoin.

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C'est pourquoi la grande majorité des blockchains sont des systèmes d'échanges publiques et décentralisés. N'importe quel utilisateur peut participer à la sécurisation du réseau en vérifiant la validité de toutes les informations.

Vous pouvez remonter chacune des transactions du réseau jusqu'à la première. Pour tout le monde. Aucune n'est modifiable. La transparence est absolue.

Si quelqu'un vous envoie de l'argent, vous pourrez vous-même vérifier s'il dépose bien des fonds, savoir combien d'argent il possède et même regarder d'où viennent les fonds ! Flippant, hein ?


La transparence, une arme au service des États...

Pendant un temps, les gouvernements n'ont pas compris l'arme que pouvait être une blockchain. Ils étaient apeurés par la perte de leur souveraineté monétaire. Et des conséquences sur le système bancaire.

Banque Centrale Européenne

La narrative des cryptomonnaies repose sur le fait que la transaction soit totalement "décentralisée" et pseudonyme. Malheureusement, cette utopie de décentralisation est morte depuis quelques années déjà.

Pour acheter des cryptomonnaies, la majorité des utilisateurs passent par des plateformes centralisées. Plateformes qui ont l'obligation légale de vous demander votre carte d'identité.
La très grande majorité des blockchains étant publiques, la transparence devient une arme au service des États.

Ceux-ci ont la capacité de faire ce qu'on appelle de l'analyse on-chain (analyser toutes les transactions d'une blockchain).
En faisant cela, ils ont la possibilité de remonter toutes les transactions liées à vos portefeuilles. Les points d'entrée et de sortie étant les plateformes centralisées qui connaissent votre identité.

En sachant qui détient quelle cryptomonnaie et combien, un État pourrait très bien faire passer une loi pour saisir vos crypto-monnaies. Où bien imposer un bannissement de vos adresses afin d'empêcher des sociétés tierces d'accepter vos paiements. Où tout simplement empêcher ces plateformes de vous laisser retirer votre argent.

La Chine considère la blockchain comme un des piliers de la quatrième révolution industrielle. Xi Jinping, dirigeant du pays, veut utiliser cette technologie pour regrouper tous les services sociaux et administratifs du pays. (2, 3)

Ainsi, un seul registre centralisé détiendra toutes les informations concernant un citoyen. Ce système, baptisé Blockchain Service Network (4), a déjà été testé auprès des administrations de Pékin.

Grâce aux données personnelles collectées via les services administratifs, les réseaux sociaux et les caméras de surveillance, la Chine a développé un système de "crédit social".

Les citoyens reçoivent une note en fonction de leurs comportements. Un "bon citoyen", qui respecte les règles imposées par l'État, aura une bonne note et recevra des récompenses alors qu'un "mauvais citoyen" sera sanctionné.

Grâce à la blockchain et ses contrats intelligents (smart-contract), la Chine pourra automatiser toutes les actions de son système de crédit social. Dès qu'une incivilité aura été commise, la note de l'individu sera automatiquement mise à jour et le contrat intelligent pourra directement appliquer la sanction, en toute autonomie.

Son compte bancaire pourrait être directement débité pour payer une amende. Par exemple, par le biais du "crypto-yuan" actuellement en test dans certaines villes chinoises.
En 2019, la Banque centrale de Chine affirmait que le crypto-yuan avait bien vocation à remplacer les billets et les pièces. (5)

... ou des Banques centrales

L’UE, la Turquie, le Kazakhstan, la Chine, l’Inde, l’Espagne, le Nigeria …

Sais-tu quel est leur point commun ? 🤔

Leurs banques centrales souhaitent lancer des CBDC (central bank digital currency), des monnaies numériques de banque centrale. (6)

Source : BCE

La transparence offerte par la majorité des cryptomonnaies est un outil puissant. Transparence et traçabilité totale de toutes vos transactions. Impossibilité de les cacher sur les blockchains publiques. Impossibilité de les faire disparaître.

Les CBDC ont pour finalité de remplacer le cash papier. En disparaissant, votre vie privée disparaîtra avec. On pourra savoir ce que vous avez acheté, quand, et l'information sera enregistrée et à vie !
On pourrait même imposer une date de péremption sur cette monnaie afin de vous obliger à la dépenser ! (c'est déjà le cas avec le yuan numérique).

e-CNY, le "Yuan numérique"

Un peu de lueur d'espoir dans ce ciel sombre

Pour finir cette joyeuse newsletter sur les dangers que peuvent amener les blockchains transparentes, il faut aussi énoncer la révolution portée par ces technologies : permettre des transactions directes, incensurable, sans aucun intermédiaire, partout dans le monde et à moindre frais.

Il faut aussi comprendre que l'histoire de la cryptographie est une partie de chasse perpétuelle entre les gouvernements et les cryptographes.

Les cryptographes ont créé les méthodes de chiffrement de données utilisés dans tous les outils que vous utilisez actuellement. Les gouvernements, eux, ont tout fait pour les en empêcher et pour casser ces méthodes de chiffrement.

En créant les blockchains publiques, ils ont une nouvelle fois créé un outil qui pourra se retourner contre eux.

C'est pourquoi, d'autres ont crée ce qu'on appelle des "blockchain privacy", comme Monero, qui permettent d'anonymiser toutes les transactions et donc de résoudre les problèmes que j'ai cité tout au long de cette newsletter.

Comprendre les courants idéologiques qui ont donné naissance aux technologies blockchain est primordial. C'est la clef de lecture qui permet de comprendre tout l'écosystème.

Crypto-anarchistes, anarcho-capitalistes, libertariens, cypherpunks, cryptographes, tant de courants qui ont façonnés le web d'aujourd'hui et qui dessinent celui de demain.

Ce sera l'objet de ma prochaine newsletter.

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À la semaine prochaine ! ☀️


Sources :

(1) https://bitcoin.org/bitcoin.pdf

(2) https://www.cnbc.com/2019/12/16/china-looks-to-become-blockchain-world-leader-with-xi-jinping-backing.html

(3) https://cryptoast.fr/comment-blockchain-peut-revolutionner-services-sociaux-exemple-chine/

(4) https://www.cnbc.com/2022/05/16/china-blockchain-explainer-what-is-bsn-.html

(5) https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/la-chine-accelere-le-deploiement-de-son-yuan-numerique-1376805

(6) https://www.ecb.europa.eu/paym/digital_euro/report/html/index.fr.html